Intra Muros d’Alexis Michalik au Théâtre 13

Les livres sont ma passion mais je dois bien avouer que le théâtre est un petit bonheur que je m’octroie très régulièrement. Quand on habite en région parisienne on a vraiment l’embarras du choix tant la production théâtrale y est florissante et créative. Depuis quelques années j’éprouve un plaisir particulier à me rendre régulièrement voir des pièces toutes plus différentes les unes des autres.

Mais en filigrane ce que je viens toujours y rechercher c’est cette émotion particulière qui m’étreint grâce au jeu de ces acteurs à quelques mètres de moi et dont je peux ressentir les émotions avec une acuité bien plus grande et plus réaliste qu’au cinéma.

Et en termes d’émotions je crois pouvoir dire que personne à ce jour n’a réussi à m’en faire ressentir autant au théâtre que ce diable de génie d’Alexis Michalik. J’avais entendu parler vaguement de ses pièces il y a quelques années et la critique élogieuse qui en était faite un peu partout m’avait amenée à m’y intéresser de plus près.

Et me voilà donc un soir à tenter ma chance en allant une de ses premières pièces « Le cercle des illusionnistes » quand il passait à la Comédie des Champs Élysées. Ce fut une claque, une rencontre, un éblouissement tels que je n’en avais jamais ressentis au théâtre jusqu’à présent.

Avec Michalik nulle tête d’affiche, nulle star, nulle promotion à la télévision…non Michalik c’est l’essence même du théâtre : une troupe, un texte, un décor minimaliste mais des émotions en pagaille. Ce sont des acteurs qui endossent milles et un rôle et dont on oublie même qu’ils jouaient un autre personnage quelques secondes auparavant.

Mais c’est surtout un texte d’une précision, d’une vigueur, d’un modernisme incroyable. Un texte au service des émotions et de la vérité d’acteurs dont on sent avec quel bonheur et quelle générosité ils jouent ses textes et incarnent ses histoires.

Avec l’enthousiasme d’une groupie je ne me suis mise alors à le suivre et j’ai vu religieusement chacune de ses pièces.

Le Porteur d’histoire au théâtre des Béliers qui à date reste la pièce qui m’a le plus chamboulée sans doute car on y parle du pays de mes origines et des relations parents/enfants. Edmond au théâtre du Palais Royal, un monument de drôlerie, d’inventivité et de créativité pour nous raconter la genèse de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand. Et hier soir, dans le nouvellement rénové Théâtre 13, sa dernière création : Intra muros !

On y reconnait le « style » Michalik : une effervescence de scènes qui se succèdent à un rythme endiablé, une histoire riche en rebondissements, des émotions brutes et subtiles à la fois, le tout servi avec maestria par un collectif d’artistes impeccables. Pourtant le thème n’était pas aussi léger que celui de sa pièce précédente. Intra muros raconte un cours de théâtre donné par un metteur en scène sur le retour au sein d’une prison. Seuls deux détenus participeront au cours…mais des détenus aux parcours de vie émouvants et riches d’humanités qu’ils partageront sur scène pour nous.

Les mises en abyme successives sont tout simplement parfaites et les histoires s’enchevêtrent avec bonheur jusqu’aux révélations ultimes. Tout du long de la pièce on voit les personnages évoluer alors que leurs passés respectifs, leur présent d’incarcérés et leurs possibles futurs pluriels se confondent et nous confondent. Le cours sert finalement d’excuse à Michalik pour nous en apprendre plus sur les raisons qui les ont chacun menés dans ce sinistre endroit et il sera le catalyseur pour les aider à s’en échapper au moins en pensées.

A chaque pièce de Michalik, j’ai apprécié que le jeu de la troupe soit au service du texte, aucune bataille d’égo ou de narcissisme de stars ne venait empiéter sur le propos de la pièce. Mais hier ce fut différent car un acteur s’est clairement distingué par son jeu, sa force, sa sensibilité et ses émotions. Il est certes resté partie intégrante du collectif mais rien à faire son talent a fait briller son personnage d’un éclat rarement rencontré dans les multiples pièces que j’avais vu par le passé.

Tour à tour il réussit à transfigurer Kevin, le personnage qu’il incarne : jeune enfant paumé, racaille en perdition, voyou à la violence explosive, prisonnier aveuglé de haine contre le système. Il était sans espoir ni avenir jusque sa route croise celle d’un détenu corse taiseux qui par la grace de ses conseils avisés le fera enfin devenir un Homme. Un homme qui prendra sa part de responsabilités dans ses échecs, évoluera vers une meilleure connaissance de lui-même et grandira en sensibilité et finesse pour se révéler touchant de gouaille et d’entrain.

safi-faycal-barbe-3Fayçal Safi, puisque c’est lui dont il s’agit, est l’acteur qui a su incarner ce personnage avec une conviction, une force et une douceur qui m’ont littéralement époustouflées (rien a voir avec son physique puisque meskin le pauvre il est clairement très moche vous l’aurez remarqué 😉 ) . J’ai eu la surprise et le plaisir de le croiser devant le théâtre après la pièce et j’ai oublié ma timidité maladive (NDLR : une ironie légère s’est glissée dans ce texte, la trouveras tu cher lecteur 😉 ?) pour de lui dire tout le bien que j’avais pensé de sa prestation. J’espère que bientôt à ma modeste voix viendront s’ajouter de très nombreuses autres car il mérite clairement un coup de cœur du public et la reconnaissance de la profession à laquelle il fait honneur.

Bref (comme toujours je me marre en écrivant ce mot puisque la synthèse n’est définitivement pas mon fort) n’hésitez pas à aller voir les pièces de Michalik si vous cherchez une idée de sorties théâtre. Pour votre plus grand bonheur elles sont toutes actuellement jouées à Paris dans différents théâtres (un petit tour sur billetreduc et les places à tarifs réduits vous tendent leurs bras) et honnêtement je ne connais que très peu de monde qui m’a dit n’avoir pas apprécié une de ses pièces.

Allez zou réservez fissa, plaisir garanti au programme !

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