Je m’appelle Lucy Barton de Elizabeth Strout

J’ai décidé il y a peu de m’astreindre à varier les genres de lecture pour éviter de frôler l’indigestion à chaque lecture d’un énième roman qui ressemble au précédent. Avec celui-ci j’ai définitivement lu quelque chose de différent de mes récentes lectures. Je m’appelle Lucy Barton m’a été conseillée par une passionnante fée rencontrée lors du pique nique du Livre de Poche à Saint Maur.

Le roman de l’américaine Elizabeth Strout narre un épisode de la vie d’une femme qui se trouve hospitalisée pour une affection bénigne et qui va recevoir la visite de sa mère une semaine durant. Entre elles un dialogue va se nouer, entrecoupé de flashback et de flashfoward sur leurs vies de familles respectives, de réflexion sur l’écriture, de regrets partagés en silence, d’amour non exprimé. Dans ce roman, il ne se passe rien. Mais loin d’être une critique empreinte de déception, je me suis plutôt dit que l’absence d’intrigue donnait à la lecture une profondeur et un recul bienvenus.

Mère et filles ont désormais des vies aux antipodes l’une de l’autre : l’une vit à New York, l’autre dans la campagne de l’état de l’Illinois…l’une est mère au foyer sans but ni passion, l’autre est un écrivain ouvert au monde…l’une parle peu mais exprime beaucoup quand l’autre parle beaucoup pour ne rien dire de profond…l’une vit dans la pauvreté et le dénuement alors que l’autre s’est extrait de son milieu pour une vie plus confortable…

Sans doute que les relations parentales ratées et la culpabilité d’avoir transcendé sa classe sociale sont des thèmes qui me parlent & me touchent particulièrement. Mais au-delà de l’effet miroir, je crois que ce livre réussit par sa subtilité et son intelligence à toucher profondément le lecteur. A la lecture, le doute & les questions s’insinuent en permanence … les souvenirs de l’héroïne sont ils réalité ou fantasmés…pourquoi ces deux femmes qui se font face sont elles dans une telle impasse de communication…comment démontrer l’amour d’une mère si présent dans les actes mais si pauvre de mots…

J’ai lu ce livre assez rapidement et en le refermant je me suis dit dépitée qu’il ne m’en resterait rien. Mais depuis que je l’ai refermé je ne cesse d’y repenser pour mon plus grand étonnement. Les réflexions du livre, les pensées de l’héroïne, ses inquiétudes, ses doutes, ses manques sont comme un caillou jeté dans un lac qui disparait aussitôt dans ses profondeurs, mais ne se fait pas oublier en produisant longuement des ondes qui en agitent la surface.

Bref une très belle lecture qui m’a saisie par sa délicatesse et sa lucidité sur les relations humaines et plus particulièrement celles entre un parent et son enfant devenu adulte. Je ne le conseillerai néanmoins pas à n’importe qui car sans forfanterie aucune il faut lire beaucoup pour apprécier ce livre à sa juste valeur. D’aucuns pourraient le trouver vide de sens et d’histoire mais de mon coté l’absence même d’intrigue a été empli de mes propres questionnements faisant écho à ceux de l’héroïne. Il a été une respiration bienvenue dans mes récentes lectures (un peu trop) légères et m’a amené à de longs moments d’introspection.

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