Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

Hier matin en partant j’ai saisi ce bouquin en me disant que je pourrais le commencer durant ma pause déjeuner. Mais celle-ci arrivée, la couverture me semblait légèrement inquiétante me décourageant aussitôt de démarrer ma lecture. A l’heure de rentrer chez moi, je le sortais de nouveau de mon sac en me disant que j’allais y arriver et qu’au pire je pourrais laisser tomber si le style ne me plaisait pas. Mais une angoisse indicible grandissait en moi, le livre me regardait d’un air résolument narquois, je n’aurai pas été étonnée de voir le visage s’animer pour me demander « tu as peur hein ? ».

Parce qu’aussi bizarre que cela puisse paraitre, ce livre m’angoissait rien qu’à en lire le résumé. Réaction totalement incompréhensible et disproportionnée mais si nous n’étions que des êtres agissant uniquement sous le coup de la raison et de la logique cela se saurait (et Marine Le Pen ne ferait pas 33% des voix exprimés à un second tour de présidentielles 😉 ). Alors hier j’ai pris une grande inspiration et décidé d’affronter ma peur pour saisir le livre par la couverture et en démarrer la lecture, la boule au ventre.

Mais que diable a pu donc me faire tant trembler ? Dès les premières pages, loin de l’image d’une intrigue qui allait se vautrer dans le stupre et le trash, j’ai plongé dans un roman d’une grande finesse à l’écriture ciselée. Je pensais me retrouver dans un univers glauquissime sans espoir ni lumière un peu à la manière de l’horrible Soumission lu récemment, mais j’ai été immergée dans une histoire à la réalité tout à fait commune. Un univers qui me parle certes sans doute bien plus aujourd’hui que la désillusion de la quarantaine entame quelque peu mes rêves de jeunesse.

Qui est Vernon Subutex ?

Un homme au nom est prémonitoire de sa vie d’addiction…à la musique…aux femmes…à l’alcool…aux substances tout sauf illicites…Arrivé à la cinquantaine Vernon se retrouve sonné par sa vie de bamboche dans un état de quasi hébétude, il observe son existence en spectateur d’une société qu’il ne comprend plus vraiment. L’intrigue du roman démarre quand radié du RSA il se retrouve expulsé manu militari de son appartement et que son ami, soutien financier de tous les instants et accessoirement star adulé de la chanson vient à mourir brutalement le laissant sans le sou.

Sans perspectives professionnelles ni argent mais doté d’un immense culot, d’un zeste de génie et d’un regard qui fait craquer les volontés les plus fortes qu’elles soient féminines ou non, il se lance dans une vie alternative. Vernon va se faire héberger au gré des opportunités de canapé en appartement allant au passage jusqu’à réchauffer les draps  et les corps de ses occupantes. De bons plans en plans foireux le voici à trainer sa désillusion sur un monde qui a changé au point qu’il n’y trouve plus sa place et à s’attarder chez toute une galerie d’amis, de femmes, de connaissances qui en l’hébergeant vont partager en filigranne un bout de leur existence avec nous autres lecteurs.

Alors qu’il recherche un peu désespérément un toit, le tout Paris cherche Vernon Subutex qui a en sa possession des enregistrements du testament audio de la star décédée. Que contiennent donc ses cassettes que Vernon n’a pas eu la curiosité d’écouter, c’est la question que semble se poser toute une galerie de personnages : bourgeoise énamourée qui le poursuivra sans relâche de ses assiduités et de son hystérie, producteur richissime et paranoïaque, scénariste beauf et looser, pigiste ambitieuse et nymphomane….tous les cherchent alors même que lui-même se perd et s’oublie dans sa déchéance.

Dire que j’ai aimé est en dessous de  la réalité, j’ai dévoré ce roman en une soirée sans même m’arrêter pour diner (pas d’inquiétude j’ai sur les hanches des réserves pour lire pendant plusieurs mois sans m’arrêter 😉 ). Tout m’a plu, les intrigues des différents personnages qui croisent la route de Vernon Subutex dans ses pérégrinations, le regard désabusé qu’il pose sur sa vie et sur l’évolution de notre société, et même l’écriture un peu trash de Virginie Despentes ne m’a pas rebutée, en cela qu’elle me semble être un reflet assez fidèle de la violence et la fatuité des rapports humains actuels.

Arrivée à la dernière page, me voilà en haleine à me demander ce qui va donc se passer alors que Vernon Subutex semble tomber si bas. Heureusement pour mon sommeil je n’avais pas sous la main le second tome sans quoi je pense que j’y aurai passé la nuit. Au final une belle, voire très belle surprise que cette rencontre avec Vernon Subutex, ne me reste donc qu’à partir au plus vite acheter les tomes suivants.

 

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