Mille ans après la guerre de Carine Fernandez

L’autre jour j’écoutais la radio et il y était question de l’obsession bien française pour les romans tournant autour de la seconde guerre mondiale. Le nazisme en ogre insatiable a non seulement détruit un continent, une génération et plusieurs communautés (juifs, tziganes, handicapés, homosexuels…) mais il semble continuer à absorber tout l’intérêt médiatique et littéraire. Depuis ou avant celle là d’autres guerres, tout aussi proches, pernicieuse et douloureuse ont eu lieu mais la société française ne leur offre que bien peu de place.

Guerre d’Algérie, d’Indochine, de Yougoslavie, d’Espagne….autant de conflits qui ont eu des impacts directs sur la société à laquelle nous appartenons mais pourtant elles font bien pale figure au regard de la fascination exercée par 39-45. La guerre d’Espagne fait partie de celles qui m’intriguent sans doute le plus même si je le concède celle de mes origines familiales tient largement la corde de mon intérêt. Mais c’est sans doute car elle me semble bien éloignée de moi et que j’ai si peu appris sur ce conflit que ma curiosité est titillée par les romans qui ont pour décor et personnages, Républicains contre Nationalistes.

Quand j’ai entendu parler du roman de Carine Fernandez je me suis tout de suite plu à imaginer qu’il entrerait dans la catégorie des livres qui me fascinent autant qu’ils m’emportent. Il y a quelques années j’avais adoré lire Cœur Glacé d’Almudena grandes, roman grâce auquel j’ai pu enfin apprendre bien plus que le peu qui fut consacré à cette guerre durant mes cours d’histoire géographie. Las ce ne fut pas le cas de celui ci et si je lui reconnais une grande subtilité d’écriture, je ne peux que partager ma déception sur l’intrigue.

Car en réalité c’est bien là ou le bat à blesser concernant ma vision de ce roman : d’intrigue il y a point. On suit l’errance d’un vieil espagnol surnommé Medianoche qui fuit avec son chien Ramon l’arrivée de sa sœur chez lui. Au tout début j’ai eu le sentiment de me replonger dans le début du « Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson. Ce départ précipité est tout à la fois loufoque et intriguant, et j’espérais qu’il était le préambule à une histoire nourrie d’anecdotes et riche d’humanité.

Mais de flashbacks en retour au présent, tout ce que j’ai lu c’est le dépit et les regrets d’un homme vaincu :

par la guerre durant laquelle il n’a pas vraiment pris partie mais c’est retrouvé néanmoins considéré comme un rouge à qui les sbires de Franco feront subir les pires outrages dans leurs prisons inhumaines…

par l’amour qu’il n’a pas su saisir alors qu’une femme le lui offrait avec générosité et abnégation…

par la famille qu’il a fondé et dont aucun des membres ne lui offrira le moindre réconfort…

par la vie qui à aucun moment ne lui laisse espérer de jours meilleurs…

C’est sans doute un récit très bien écrit, mais l’histoire de la guerre d’Espagne y est tout juste effleurée. C’est définitivement plus un roman sur les perdants, sur la haine tenace avec laquelle les nationalistes s’en prendront des années durant à ceux qui ont osé les défier, sur le dépit et les déconvenues d’un homme qui n’a jamais pris aucune décision et c’est laissé charrier par le courant d’une Histoire plus grande et forte que lui.

Je n’ai pas trouvé de récit ni d’histoire à proprement parler, juste une longue litanie introspective qui se complait dans la tristesse et l’amertume. Je reconnais que la plume est subtile, le style d’une grande distinction, les mots habilement choisis mais je regrette que le fond soit sans âme et j’ai refermé ce livre avec le sentiment de n’avoir rien lu qui me restera ni me marquera.

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Un commentaire

  1. Je ne sais pas s’il s’agit de fascination pour 40-45 mais avec tous les propos révisionnistes qui circulent, j’ai l’impression que certains auteurs utilisent la fiction pour entretenir la mémoire collective… ce qui est un bon moyen !

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