No Home de Yaa Gyasi

IMG_20180304_000431_579.jpg« Pour savoir où l’on va dans la vie, il faut savoir d’où l’on vient » me disait sempiternellement mon père de son vivant. Ce mantra qu’il répétait à chacune de nos conversations m’a toujours semblé assez ironique venant de lui.

Car ce dont lui voulait parler c’était principalement nos origines algériennes dans lesquelles il semblait trouver une représentation positive de lui-même que ne lui renvoyait pas sa vie de français de souche stéphanoise né dans ces bidonvilles où les algériens s’étaient résignés à vivre dans les années 50.

Alors que ce dont moi j’aurai voulu parler avec lui c’était mes origines familiales : qui était cette mère que je n’ai que si peu connue, quelle était l’histoire de ma famille, à quelles tribus de l’est algérien nous étions liés, quel est ce sang qui coule dans mes veines et dont je ne connais qu’au mieux les deux générations qui m’ont précédées.

Savoir d’où l’on vient, qui nous a précédé, ce qui nous constitue dont on a hérité de nos aïeux… Qu’y a-t-il en moi de ma mère ? de mon père ? de mes arrières-grands parents ? Comment leurs histoires définissent elles la femme que je suis devenue ? Tant de questions formulées dont je ne trouverai sans doute jamais les réponses mais qui constituent pour moi comme pour tant d’autres l’énigme d’une vie. Ce thème là c’est justement celui abordé par ce roman dont je viens de refermer la dernière page à regret.

A regret car j’aurai voulu continuer à lire sans fin la destinée de ces deux familles unies sans le savoir par une même histoire du delà des océans. Ces deux familles ou plutôt ces deux lignées sont issues d’une seule femme : Maame qui aura à quelques années d’écart et de deux hommes différents deux filles : Effia et Esi. La descendance de ces deux sœurs qui ne se rencontreront jamais sera marquée à jamais par l’esclavagisme …La première se trouvera mariée de force à un anglais qui fera fortune en revenant des hommes, femmes et enfants si semblables à celle qui pourtant partagera sa vie et qu’il aimera sincèrement….Quand la seconde sera capturée pour être revendue comme une vulgaire marchandise et expédiée de l’autre côté de l’atlantique où un autre enfer l’y attendra.

Deux itinéraires de vie qui ne pouvaient être plus dissemblables vont pourtant être liés générations après générations par un même feu : au sens propre du terme (mais je ne vais pas vous spoiler hein 😉 ) mais aussi au sens figuré ; celui de connaitre ceux qui les ont précédé et découvrir ces origines que la couleur de leur peau a trop longtemps condamnée. De part et l’autre de l’Atlantique, les générations se suivent et se ressemblent finalement tant…tant d’années à souffrir des stigmates de la honte : celle d’être né noir dans un monde de blanc omnipotent côté américain…celle d’être issu d’une famille noire qui a abusé de son pouvoir pour faire commerce des siens coté africain.

La réussite de ce livre tient à la fois à sa complexité intrinsèque qu’à sa fluidité de lecture : quel brio de la part de cette auteure que de nous entrainer dans l’histoire de deux familles issus du Ghana, cette Côte d’Or de légende sans jamais nous perdre et en nous captivant chapitre après chapitre. Alors que leurs univers ne pourraient être plus dissemblables, on ressent néanmoins avec émotion comment l’Histoire avec un grand H s’est imposée à leurs parcours de vie indivividuels.

En le refermant j’ai regretté d’avoir déjà fini ce roman tant je me suis attachée aux personnages et à leurs destins. Dire qu’il s’agit pour moi d’un coup de cœur est bien en deçà de ce que j’ai éprouvé. En le démarrant je craignais de ressentir des émotions en demie teinte comme à la lecture de Bakhita qui évoque également la traite négrière. Mais rien ne pouvait être plus erroné car là où Véronique Olmi m’avait donné l’impression d’une histoire froide et trop en retrait, celui de Yaa Gyasi réussit à mettre une chaleur toute africaine dans un récit qui m’a emportée et impliquée. J’en arrive même à rêver qu’il existe quelque part une Yaa Gyasi algérienne pour me raconter l’histoire dont je suis issue, avec elle j’aimerai m’asseoir au coin de ce feu qu’elle saura entretenir de sa voix et l’écouter me raconter qui je suis et qui ils étaient…

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