Saint Maur en Poche 2017

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Pendant longtemps la lecture a été pour moi une passion solitaire, un bulle de bonheur que je m’accordais et au sein de laquelle je me plongeais avec délice dans la vie de personnages et d’histoires toutes plus différentes de moi et de mon quotidien. Puis j’ai découvert que mes lectures et la façon dont j’en parlais avait l’air d’intéresser quelques personnes autour de moi (ou du moins qui avaient la gentillesse de me le faire croire 😉 ). Mais ce week-end j’ai vécu une expérience nouvelle, un moment de grâce, un bonheur vraiment intense : celui de réaliser que loin d’être seuls chacun dans leur coin, les lecteurs passionnés étaient une communauté bien plus grande et chaleureuse que je ne l’avais réalisé jusqu’alors.

Sur les blogs et instagram que je parcourais je voyais bruisser depuis de nombreuses semaines un empressement de plus en plus fervent pour le salon Saint Maur en Poche à venir. Ce salon j’en avais entendu parler à maintes reprises ces dernières années mais je n’avais pas eu (ou plutôt pas pris) le temps de m’y rendre. Mais avec l’ouverture de mon blog éponyme, ne pas m’y rendre aurait été un total booking faux pas (Cristina ma chéééwwwie tu n’es pas la seule à en décerner après tout).

Alors me voici à me renseigner sur les détails pratiques quand je tombe sur une annonce des éditions du Livre de Poche au sujet d’un pique-nique qu’ils organisent. Ni une, ni deux, mes petits doigts boudinés se précipitent sur mon clavier pour m’inscrire derechef. Mais à quoi m’étais je inscrite je n’en avais aucune idée, sur le site pas vraiment d’indications, devons nous apporter notre cubi La Villageoise et nos sandwichs rillette/mayo/cornichons (qui à défaut de faire de vous une femme fatale, vous donnera une haleine de chacal) ? Qui va-t-il donc y avoir à ce pique nique ? Suspens, suspens…

Et donc par cette belle journée de dimanche, me voilà avec une amie devant le stand du Livre de Poche, Prems pour l’occasion vu qu’on venait d’arriver sur les lieux. Devant nous un bien joli stand avec une demoiselle fort avenante qui n’attendait que nous et nos estomacs affamés de livres et de nourritures moins spirituelles. L’organisation était impeccable, une grande table garnie de mets variés et de boissons fraiches sous un chapiteau nous protégeant de la chaleur. Mais le clou c’était ce que je n’avais pas compris en m’inscrivant.

L’équipe de choc et de charme des éditions du Livre de Poche

Nous allions déjeuner non pas entre lecteurs, mais avec des auteurs, et attention pas des moindres puisqu’à notre table figuraient Virginie Grimaldi, Sophie Tal Men, Lorraine Fouchet, Amélie Antoine, Ivan Calbérac, Aurélie Valognes, Nicolas Robin, Gavin’s Clemente-Ruiz, Marc Fernandez, Bernard Prou, Romain Puértolas, Michael Uras, ou encore Paul Vacca.

Incroyable mais vrai je m’étais inscrite au petit bonheur la chance (bon d’accord la perspective d’un repas gratuit est un attrait irrésistible pour ma culotte de cheval et mon appétit de louve) et me voilà à partager impressions de lectrices et déclarations énamourées les yeux remplis de paillettes face à mes idoles alors que j’avais déclamé haut et fort que je n’avais pas le pedigree d’une groupie et que je ne venais que pour l’Aaaaart mooa Madame 😉 

Une photo gloussant et rougissant comme une jeune pucelle face à son promis plus tard avec Virginie Grimaldi à qui j’ai déclamé un amour inconditionnel et éternel et me voilà toute honte et retenu bues assise aux cotés d’une éditrice passionnée et passionnante qui a eu la gentillesse de me conseiller des titres de la rentrée à venir.

Ma nouvelle éditrice préférée (comment ca je n’en connaissais aucune avant, pas du tout 😉

Virginie Grimaldi a photobombé par inadvertance ma photo avec Sylvie, c’est balot ca 😉

Et l’après midi fut tout aussi merveilleuse puisque le premier auteur que j’ai rencontré fut DOA. Oui zeu one and only DOAaaaaaaaaaaaaaaa (les « a » en plus sont un râle inextinguible au souvenir de ses yeux couleur océan, ses mains puissantes, ses bras musclés et velus….bon je m’égare, je m’égare Mais c’est Foufouneshima ce type 😉 ) Je venais quelques secondes avant d’encourager mon amie à acheter un de ses livres en lui expliquant qu’il s’agissait du meilleur auteur de polars français, quand soudain le voici, en chair et en os devant moi qui me suis aussitôt liquéfiée de bonheur en balbutiant des inanités tout en reluquant ostensiblement la bête. Impossible de prendre des photos car il s’y refuse, alors je me suis contentée d’une photo de ses mains (à qui je fais faire milles et une chose absolument pas hallal depuis la nuit dernière 😉 )

DOAaaaaaaaaaa

Tout le salon fut une suite de petits bonheurs : trouver le livre tant recherché au détour d’un comptoir, croiser des  auteurs passionnés qui prenaient le temps d’échanger leurs impressions avec nous humble lecteurs, voir à quel point la lecture rassemble un nombre considérable de passionnés. Que de belles rencontres : Nadir Dendoune (à qui j’avais déjà consacré un article mais jamais rencontré), Lorraine Fouchet (une femmz pétillante a l’énergie communicative), Luca di Fulvio (qui partage bien entendu opinion sur sa compatriote outrageusement mise en avant), Sophie Tal Men (une merveille de petit bout de femme), mon compatriote Salim Bachi (dont j’avais justement envie d’acheter le livre ‘le consul’ après en avoir entendu une critique sur radio bobo France Inter bien sur), Karine Lambert (à qui j’ai dit tout le bien que j’avais pensé de son dernier opus)….

Bref ce salon de St Maur ce fut une découverte merveilleuse qui m’a fait me sentir vivante comme je ne l’avais pas été depuis bien longtemps. Et quel travail pour en arriver là ! En parcourant les allées, on réalise qu’il s’agit vraiment d’un salon de passionnés qui ont fait l’effort de classer par thématique les livres et non par éditeurs. Chaque livre digne d’intérêt se retrouve mis en avant avec un petit mot des libraires c’est tout simplement incroyable.

Je suis bien entendu repartie avec un nombre tout à fait raisonnable de livres (hum hum….) mais mon compte bancaire peut bien avoir été en partie vidé, mon cœur lui s’est empli d’un bonheur qui n’a pas de prix lors de cette superbe journée.

Mes raisonnables achats…

Bref vivement l’année prochaine !!!!

L’été avant la guerre de Helen Simonson

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IMG_20170616_082628Ce livre fait partie de ceux dont j’avais lu sur nombre de blogs des critiques plus qu’élogieuses, alors quand il a été proposé et choisi pour être le livre à lire dans le cadre du club de lecture de Pretty Books je me suis « banco ! ». Cela faisait longtemps que j’avais envie de participer à une lecture partagée et ma foi puisqu’il venait de sortir en poche, je n’avais donc plus aucune raison d’hésiter.

Au tout début du livre je me suis sentie plongée dans une atmosphère assez semblable à celle de Downton Abbey. Ou plutôt étant une afficionada (ou afficionadette ? ou afficinadatida 😉 ) de cette série, j’ai immédiatement imaginé que les personnages du roman sur l’écran noir de mon imagination évoluait dans un univers semblable à celui de la famille du comte de Grantham. Et c’est sans doute mon amour pour les résidents de Downton Abbey tant upstairs que downstairs qui a sauvé ce roman de l’envoi assez rapide au cimetière des livres abandonnés faute d’intérêt.

Car soyons bien claire, je me suis accrochée comme une naufragée au radeau de la méduse pour en venir à bout. Y avait il quelque chose qui m’avait échappé ? Je le lisais et ne comprenais pas une seconde l’emballement collectif pour ce livre. Quel ennui…quel vide…quelle absence de modernité…J’ai vaguement eu l’impression de lire un roman des sœurs Brönte la sensibilité et la subtilité en moins.

Les personnages sont d’un caricatural et les intrigues d’un prévisible qui ne donnent pas vraiment envie de s’y attacher. Et puis l’absence d’action pendant les deux premiers tiers du livre fait que j’ai senti grandir en moi un ennui monstrueux à la lecture de ces chapitres qui se suivaient sans apporter rien de particulier ni de nouveau. Un peu d’action s’est immiscée au dernier tiers du roman, quand la guerre arrive dans la vie des protagonistes. J’en étais limite à m’écrier « Enfin !» tant le début du roman ressemble à un épisode de Derrick doublé en finlandais et sous-titré en serbo-croate.

Bref un peu comme pour le battage médiatique autour de la saga des amies prodigieuse(ment chiantes 😉 ) de Elena Ferrante j’avoue que je suis passée à côté de ce qui semble avoir fait le succès de cet été avant la guerre. Je reconnais que l’écriture est fluide et que le souci du détail honore l’auteur, mais elle aurait gagner à raccourcir d’un bon tiers son roman pour le rendre plus palpitant et vivant.

Pour ceux et celles que je n’ai pas découragé 😉

Le pitch :

Été 1914, dans la campagne anglaise. La gentry de Rye reçoit pour un pique-nique sur le gazon fraîchement tondu. Les ombrelles et les chapeaux sont de sortie et c’est l’occasion pour Beatrice Nash, vingt-trois ans, nouvelle professeure de latin récemment débarquée dans la petite ville, de faire plus ample connaissance avec les personnalités locales. Elle est chaperonnée par Agatha Kent, dont les deux neveux, Daniel et Hugh, ne la laissent pas insensible, bien qu’elle ait fait voeu de célibat. Orpheline et sous la tutelle d’une famille bien-pensante, Beatrice veut gagner son indépendance et devenir écrivain, des choix audacieux pour une jeune fi lle sans le sou en ce début de siècle.

 

Imagine Van Gogh à la Grande Halle de la Villette

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La peinture et la musique classique sont deux arts qui ne sont pas des évidences pour quiconque comme moi a grandi dans un milieu populaire. Alors que la vie m’a donné la chance de poursuivre des études et de transcender ma condition d’origine, il est un domaine dans lequel j’ai toujours l’impression d’entrer par effraction c’est bien celui-ci. Pourtant depuis que je vis à Paris je suis de toutes les expositions mais c’est toujours avec un sentiment de ne pas faire partie du monde de ceux pour qui l’art est une évidence du quotidien.

Les expositions sont le plus souvent impressionnantes du fait qu’elles « parlent » mieux aux érudits et aux personnes ayant toujours baigné dans un environnement culturel riche qu’à la petite beurette du HLM des Myosotis du fin de la campagne lyonnaise que j’étais. Mais depuis quelques années l’art me semble indubitablement plus accessible, plus humain, plus à ma portée grâce notamment aux formidables conférencières avec lesquelles j’ai la chance de visiter nombre d’expositions mais aussi avec le renouveau de la scénographie des expositions qui a évolué de façon assez radicale ces dernières années.

L’illustration la plus éloquente de ce renouveau a été incarné ce week-end par l’exposition « Imagine Van Gogh » à laquelle j’ai été invitée par un ami en or. Là pas de parcours ni d’explications ou encore moins de didactisme…on est dans l’émotion pure et brute. La grande Halle de la Villette a pour l’occasion revêtu ses plus noirs atours pour nous plonger dans l’œuvre de Van Gogh diffusée sur d’immenses bâches disposées ça et là. Et nous autres spectateurs pouvons ainsi bouger, changer de point de vue, s’allonger à même le sol pour se sentir littéralement entouré du génie de Van Gogh.

Mais par-dessus tout ce qui a fait la différence c’est la musique classique qui nous baignait alors que nous étions plongés dans l’œuvre van goghienne. Ce mélange flattait à la fois nos sens visuels mais aussi auditifs, loin d’une simple exposition c’est une expérience multi-sensorielle dans laquelle nous fumes projetés. N’ayant que de modestes connaissances en musique classique, j’ai shazamé à chaque changement de visuels pour découvrir quelle œuvre magnifiait à ce point là  le tableau qui nous était présenté.

L’exposition « dure » une heure, mais le temps file à une vitesse infinie tant on se sent ailleurs, porté dans l’univers de Vincent : Paris, Arles, Auvers sur Oise…les paysages et les personnages défilent portés par les mélopées de St Saens, Bach, Satie. Ce fut un moment quasi hors du temps, plongé dans le noir et la lumière de la beauté de ces œuvres qui se mêlaient pour notre plus grand plaisir.

Mon seul regret est que les organisateurs n’aient pas prévu plus de sièges voire même d’endroits où s’allonger pour profiter du spectacle comme je l’avais vu à une autre exposition à la Philharmonie. Car clairement tout le monde était à même le sol pour observer les tableaux défiler en musique.

Mais au final ce n’est qu’un petit bémol car le principal avantage de cette exposition est de ne pas en être une mais plutôt un moment à passer au milieu du Beau qu’il soit visuel ou sonore. Il s’agit là d’un moment de pure félicité artistique accessible à tous, petit ou grand, spécialiste ou novice. Bref une expérience contemplative et méditative que je vous encourage chaleureusement à aller voir. Cela se passe à la grande Halle de la Villette jusqu’au 10 septembre 2017.

Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck

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20170616_163946Le pitch :

«Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté.» Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto.

Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

 

J’avoue…

Je n’avais jamais rien lu ni entendu de ce livre ni de son auteur. Mais un détour régulier sur le blog de Killing79 m’a donné envie d’en savoir plus d’autant que la mention de ce roman était accompagnée de commentaires dithyrambiques et d’un enthousiasme communicatif.

J’avoue aussi qu’à la lecture du pitch je ne me serai pas forcément arrêtée et que le livre n’aurait pas rejoint la pile que je ne manque d’acheter dès que je passe quelque part où se vendent des livres. Mais là je ne sais pas pourquoi mais j’ai décidé de me laisser tenter par l’aventure en sortant de mes sentiers qui à défaut d’être battus sont définitivement balisés.

Et me voilà plongée dans la vie de Bohem ou plutôt de Hugo….Car avant de devenir Bohem, Hugo a été un adolescent que la vie n’avait définitivement pas gâté entre une famille pauvre comme Job, une petite sœur qui vient à mourir dans des circonstances tragiques et des parents qui feraient passer les Thénardier de parents exemplaires. Mais finalement au-delà de tout c’est de solitude dont il souffre le plus, celle qui fait de lui un paria aux yeux de la société et un moins que rien pour ses parents.

Hugo en crève donc de cette solitude absolue, celle de ceux qui n’ont et ne sont rien quand un jour sa route va croiser celle de Freddy et de sa bande. Et sa vie va alors changer du tout au tout pour le meilleur pour commencer en trouvant en eux ce sentiment d’appartenance, ce soutien fraternel, cette estime mutuelle dont il a tant manqué jusqu’alors. Grâce à Freddy, Hugo va enfin ne plus jamais se sentir seul, grâce à Freddy il sera alors baptisé d’un nouveau nom qui lui collera tellement bien à la peau, grâce à Freddy il va découvrir le bonheur de se sentir compris, inclus et respecté.

Alors Bohem va intégrer cette bande d’ados aux familles dysfonctionnelles et se laisser entrainer dans une vie de cocagne, faite d’éclats de rire, de petits bonheurs, mais aussi de conneries qui vont bientôt les dépasser par leurs conséquences. De petits larcins en bagarres, la bande va petit à petit devenir un gang de motards qui découvrira le gout de la liberté en sillonnant les routes US.

Le souhait de faire partir de ces 1% qui ne subissent pas leur vie mais la choisissent va devenir leur credo. Un crédo qui place la liberté au dessus de tout et de tout le monde, quitte à s’affranchir des lois, de la morale et des règles de la société. La route de leur liberté prendra alors les allures d’un road trip en direction de l’enfer. Mais Bohem ne se résoudra jamais à trahir ses idéaux et son gout pour la liberté quitte à y laisser des plumes et bien des amitiés sur le bord de la route.

La fin m’a fait l’effet d’un coup de poing au plexus, souffle coupé tellement je ne m’y attendais pas et a rendu le livre d’autant plus poignant. Autre coup de poing ; l’écriture qui m’a immergé dans l’esprit et la gouaille d’un jeune gosse qui parle un peu comme le ferait un titi parisien à force d’images aussi bien senties que les poings qu’il n’hésite jamais à balancer. Bref un livre absolument magistral à la sensibilité rugissante d’hommes en butte avec la découverte de leurs propres limites et de leurs espoirs.

J’ai refermé hier soir aux petites heures du matin la dernière page et j’ai du prendre quelques instants pour retrouver mon souffle après une fin aussi poignante. Ce roman d’initiation en forme de road movie a été l’un des plus beaux qui m’ait été donné de lire depuis bien longtemps. Je pense que je garderai longtemps dans mon cœur le souvenir de ces presque adultes touchants de vérité et de rage qui rêvaient juste de liberté.

Eh bien dansons maintenant de Karine Lambert

IMG_20170612_084243_267Le pitch :

Elle aime Françoise Sagan, les éclairs au chocolat, écouter Radio Bonheur et fleurir les tombes. 

Il aime la musique chaâbi, les étoiles, les cabanes perchées et un vieux rhinocéros solitaire. 

Marguerite a toujours vécu dans l’ombre de son mari. Marcel a perdu celle qui était tout pour lui. Leurs routes se croisent, leurs coeurs se réveillent. Oseront-ils l’insouciance, le désir et la joie ? 


Décidément la vieillesse ne me quitte plus ou plutôt devrais-je dire que je n’arrive plus à tomber sur un livre qui ne parle pas de personnes âgées. Mais contrairement aux livres précédents il ne fut pas question dans celui-ci des rapports entre ces dernières et celles dans la force de l’âge mais plutôt d’une véritable histoire qui les concerne, une histoire d’amour.

Décrit ainsi on peut légitimement se demander qui aurait envie de lire une histoire d’amour entre deux septuagénaires. Mais la grâce de ce livre est d’en faire tout simplement un homme et d’une femme qui tombent amoureux par le hasard de la vie …ou de la mort qui sait ?

Marguerite et Marcel sont deux jeunes veufs qui viennent chacun de perdre leur moitié. Dans le cas de Marguerite c’est une moitié bien peu aimante, voire plutôt un capitaine de navire qui donnait la direction de leur couple sans trop se soucier de qu’elle souhaitait. Après la disparition de son notaire de mari, le fils de Marguerite va pendant un temps essayer d’endosser le rôle devolu jusqu’alors au pater familias en multpliant ordres stricts et injonctions moralisantes envers sa mère.

Pour Marcel les choses sont différentes, lui c’est la femme de sa vie qu’il a perdue, celle avec qui il a grandi, partagé le déracinement de son Algérie natale vers la froideur de la région parisienne mais aussi les premiers émois amoureux et enfin une vie de couple épanouie et remplie d’amour. Quand sa femme vient à disparaître elle laisse derrière elle un homme dévasté par le chagrin qui doute que sa vie ait encore un sens.

Ces deux égarés et leurs solitudes vont voir leur route se croiser à l’occasion d’un sejour en cure thermale. Venu chacun pour des raisons différentes, ils repartiront ensemble unis.

Entre Marguerite, cette femme effacée, discrète et soumise et Marcel la bonhomie méditerranéenne incarnée c’est une évidence qui va jusqu’à les surprendre eux mêmes. Cet amour sera une deuxième ou dernière chance qu’ils sauront saisir quitte à défier les convenances et imposer leur relation au qu’en-dira-t-on et à leurs familles qui s’y opposent.

Ce roman lu d’une traite en début de soirée est d’une immense délicatesse et d’une grande subtilité. On parle souvent d’amour et de sentiments dans bien des romans mais ils ne sont que rarement conjugués au temps du crépuscule des vies.

Certains auteurs blasés du milieu germanopratin professent à longueur d’interviews que l’amour dure 3 ans…je préfère largement l’idée d’un romantisme certes éculé qu’on puisse le trouver jusqu’à 70 printemps.

Je me demande souvent ce que laissera notre génération à la postérité en matière d’amour… que dirons-nous aux enfants que n’aurons pas sur la façon dont on se rencontrait dans les années 2000, à coup de clic et de swipe, sur des tinder et des meetic qui nous offraient l’ivresse de relations qui débutaient en coup de cœur, passaient rapidement au corps à corps pour finir non pas en beauté mais par être ghosté. 

Alors heureusement il y a encore dans les livres le souvenir ou l’espoir de croiser au détour d’une page un peu de romantisme et d’esprit. Pas étonnant qu’à la compagnie des hommes je commence à leur préférer celles des livres dont les mensonges ont au moins l’avantage de  distraire et non de blesser…

Quelqu’un pour qui trembler de Gilles Legardinier

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Le pitch :

Pour soigner ceux que l’on oublie trop souvent, Thomas a vécu des années dans un village perdu en Inde. Lorsqu’il apprend que la femme qu’il a autrefois quittée a eu une fille de lui, ses certitudes vacillent. Il lui a donné la vie, mais il a moins fait pour elle que pour n’importe quel inconnu. Est-il possible d’être un père quand on arrive si tard ? Comment vit-on dans un monde dont on ne connaît plus les codes ? Pour approcher celle qui est désormais une jeune femme et dont il ne sait rien, secrètement, maladroitement, Thomas va devoir tout apprendre, avec l’aide de ceux que le destin placera sur sa route.

 

Décidément en ce moment tout ce que je lis à un rapport plus ou moins lointain avec la vieillesse. Apres le livre Les délices de Tokyo et Tu comprendras quand tu seras grande, je replonge de nouveau avec ce nouveau Legardinier dans un roman qui a comme personnages centraux des personnages âgées.

Après une vingtaine d’années passées à soigner la veuve et l’orphelin aux confins des chaines de l’Himalaya, Thomas, médecin humanitaire au grand cœur mais à l’ouest des réalités du quotidien, apprend incidemment qu’il est le père d’Emma, une petite fille devenue grande demoiselle de 20 ans.

Passé le choc de la découverte et des remises en question, il décide qu’à défaut d’avoir été là sur les 20 premières années de sa fille, il sera désormais présent pour elle. Et pour cela il va devoir se rapprocher de notre douce France et accepter le premier job venu pour vivre dans la même ville qu’elle. Oubliant ses propres ambitions il accepte le poste de responsable d’une improbable expérimentation de maison de retraite au fin fond d’une zone industrielle qui a néanmoins l’avantage d’être dans la même ville où vit sa fille.

Après l’avoir observé de loin à de multiples reprises, il renonce à se faire connaitre d’elle mais pas à influer positivement sur le cours de sa vie. De quiproquo en quasi-catastrophe, il trouvera un moyen de se rapprocher d’elle grâce au concours heureux et malicieux de ses résidents à qui l’âge n’a pas faire perdre le sens de l’humour ni celui d’une certaine sagesse.

J’ai lu un grand nombre de livre de Gilles Legardinier, celui qui m’a le plus marqué (car j’ai ri comme une vache en le lisant) restera « Demain j’arrête » car il fut assez facile de s’identifier à cette célibataire looseuse qui devient stalkeuse avant de finir joggeuse (bon c’est là ou s’arrêtera mon identification hein 😉 ). Les livres de cet auteur sont communément appelés les livres avec la couverture aux chats dont les publicités ont recouvert tous les abribus parisiens pendant longtemps. Pas sur néanmoins que ca lui plaise d’être en permanence abordé par des « ah mais vous êtes l’écrivain aux chats rigolos », mais au moins ca a assis durablement sa notoriété 😉

Je n’ai pas forcément adoré ce roman là car cela faisait sans doute trop écho aux derniers romans lus et les ficelles y sont à ce point là les mêmes que j’ai eu du mal à adhérer. Ce n’est d’ailleurs pas un de ses meilleurs, je trouve qu’il s’éparpille un peu trop dans des histoires secondaires qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et qui perdent le lecteur (ou du moins votre modeste lectrice) plus qu’ils ne l’éclairent.

C’est tendre et pleins de bonnes ondes mais pas le meilleur cru qui soit… Mais ne faisons pas la fine bouche, comme roman feel good, ca passe crème comme dirait un de mes cousins ;-). Un roman d‘apprentissage non pas pour un enfant mais pour son parent, c’est au moins un point de vue original je le concède. D’ailleurs si je devais le résumer je pense que je reprendrais la chanson de Stromae ou du moins un de ces refrains :

Tout le monde sait comment on fait les bébés
Mais personne sait comment on fait des papas

 

 

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

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Le pitch :

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui mène le bal, c’est la mère, imprévisible et extravagante. Elle n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

C’est une histoire d’amour…pas une bluette avec ses rebondissements à la Harlequin où l’éplorée donzelle fait mine de se refuser au male dominant avant de céder devant l’évidence de son pouvoir sur elle. Non là tout au contraire c’est un amour en forme d’évidence qui s’impose à cette femme et cet homme dont l’esprit ludique et loufoque était fait pour se rencontrer.

De cette union naitra un enfant qui sera le témoin et l’acteur de cet amour devenu famille dont le quotidien se veut fantasque et qui fait la nique à la routine. Autour d’eux frayent tout un aréopage d’amis, de pique-assiettes, et même un oiseau ramené de leur lune de miel. La vie est une fête constante, de diners en expériences, ces trois là vivent une vie parallèle faisant mine de ne pas voir l’évidente dégradation de l’état de la mère de famille.

Sur le son de la musique de Nina Simone, ils dansent, s’oublient, s’aiment, s’élèvent vers le ciel cherchant à échapper aux réalités terriennes. Mais ces réalités les rattraperont inéluctablement précipitant leur fin mais pas avant qu’ils ne se lancent dans une dernière danse en forme de pied de nez à la raison.

Ce roman est comme une danse dans laquelle on se perd. Le texte nous fait tourbillonner, perdre le sens de l’équilibre, virevolter avec légèreté tant et si bien qu’on ne sait plus trop ou on en est. D’ailleurs c’est aussi ce que j’ai ressenti, on ne sait pas trop ce qu’on lit ; un roman, un poème, une ode…tout ce qu’on réalise c’est que c’est écrit avec beaucoup d’amour pour les personnages et beaucoup d’émotions parsemées ca et là derrière la loufoquerie du quotidien.

Sans doute ai-je l’esprit trop cartésien pour apprécier à sa juste valeur ce petit bijou, léger comme une bulle de champagne. Mais mon esprit n’est néanmoins pas fermé au point de ne pas réaliser qu’il s’agit d’un très beau roman, léger et doux, mais profond et sérieux sur un amour qui a voulu échapper au désespoir de  la banalité.

 

Famille parfaite de Lisa Gardner

Le pitch :

Justin et Libby Denbe semblaient sortir tout droit des pages des magazines glamour : mariage modèle, ravissante fille de quinze ans, demeure somptueuse dans la banlieue chic de Boston. une vie de rêve. Jusqu’au jour où ils disparaissent tous les trois sans laisser de traces.

Pas d’effraction, pas de témoin, pas de demande de rançon ni de motifs. Juste une famille parfaite soudainement envolée. Pourtant, pour la détective Tessa Leoni, l’enlèvement ne fait aucun doute. Que pouvait bien cacher une existence en apparence aussi lisse ?

 

Une famille parfaite pour un polar dont l’intrigue ne l’est pas moins. Voici les Denbe l’exemple parfait de l’American Dream, ils sont beaux, ils sont riches, ils sont distingués…bref rien ne semble les atteindre mais bien des secrets se cachent derrière les apparences de cette famille que tout le monde admire et envie.

Mais dès le premier chapitre les voilà enlevés purement, simplement et efficacement par une bande de mercenaires dont la détermination n’a d’égale que l’organisation scrupuleuse et militaire. Emmenés loin de leur ville de Boston, les voilà enfermés par leurs geôliers à essayer de comprendre ce qui justifie cet enlèvement : argent, vengeance, manœuvre d’un concurrent ?

Jusqu’au bout le suspens restera entier mais de pages en chapitres la famille apparemment lisse et sans problèmes va voir son image et ses réalités voler en éclat. Chacun des membres de la famille cache des secrets qu’il essaie à tout prix de préserver des autres par honte, regret ou jalousie.

Alors que la famille se débat dans sa captivité les membres de différentes forces de l’ordre alertés par leur disparition soudaine chercheront sans relâche à découvrir le lieu de leur détention et les raisons des commanditaires de cet enlèvement. A la tête de ces investigations Tessa Leoni, ancienne flic de Boston devenue détective privée après la mort de son mari et l’enlèvement de sa fille dans des conditions relativement similaires et troubles.

Jusqu’aux derniers chapitres mon esprit passait d’un suspect à l’autre avant le big bang final ou plutôt les différents cliffhangers que j’avoue ne pas avoir vu venir. Lisa Gardner réussit là un vrai tour de force en ce sens qu’elle nous balade d’indices en soupçons et prend un malin plaisir à nous induire en erreur jusqu’au lever de rideau final.

Un polar vraiment bien ficelé mêlant intrigue policière et suspens psychologique. Rien n’est jamais ce qu’il parait et au final on se retrouve à tourner les dernières pages en se disant qu’on avait décidément pas vu ce coup là arriver. Une intrigue qui m’a fait penser au livre « Le secret du mari » de Liane Moriarty avec un style aussi fluide & agréable à lire. Clairement ce livre me donne envie d’en découvrir d’autres de cet auteur et cela tombe bien puisque j’ai acheté par le plus grand des hasards un autre roman d’elle vendredi lors de ma razzia au Furet du Nord.

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

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20170603_162950Le pitch :

« Écouter la voix des haricots » : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises.

Sentaro, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière.

 

Ce livre est comme les dorayaki que confectionne son personnage principal…il débute en étant relativement sans gout ni saveur mais au fur et à mesure des pages, les gâteaux comme le livre prennent en densité, en subtilité et en douceur.

Sentaro est un homme à la dérive qui subit sa vie plus qu’il ne la vit. Jour après jour il réalise des petits gâteaux japonais, les dorayaki, sorte de pancakes fourrés à la pâte d’haricots rouges. Mais celle-ci justement il ne la prépare pas, se contentant de l’acheter toute faite. Quand un jour Tokue, une femme âgée vient lui proposer de la réaliser maison pour un prix si dérisoire qu’il accepte de l’embaucher un peu à son corps défendant.

Cette femme qui cache un secret que je ne peux pas vous révéler va lui apprendre la recette de cette pâte d’haricots rouges qui redonnera aux dorayaki une saveur incomparable et le succès à son échoppe. Mais plus subtilement c’est la recette du bonheur et du gout pour la vie qu’elle va transmettre à Sentaro ainsi qu’à certains de ses clients. La vie & l’envie qui avaient désertés le quotidien de Sentaro vont petit à petit lui revenir et le sortir de sa solitude & de sa résignation.

Ce roman est un petit bijou de poésie, un petit bonbon de douceur que j’ai lu en une petite matinée au creux de ma couette. Les personnages sont très attachants et les scènes de pâtisserie m’ont mis l’eau à la bouche de bon matin. D’ailleurs la dernière page tournée je me suis aussitôt mis à mes fournées pour confectionner à mon tour une petite pâtisserie de mon cru.

 

La chambre des morts de Franck Thilliez

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Le pitch :

Imaginez…
Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints.
Devant vous, un champ d’éoliennes désert.
Soudain le choc, d’une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d’euros.
Que feriez-vous ?
Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.

 

Après plusieurs lectures relativement décevantes rien de plus rassurant que de se plonger dans ma pile de polars à lire. Ma main se dirigeait avec assurance vers le dernier Viveca Sten sorti en poche quand soudain j’avisais ce roman de Thilliez que j’avais acheté récemment. De Thilliez je n’avais jamais rien lu bien que la foultitude de sa production littéraire me laissait à penser qu’il avait son petit succès. Assez prosaïquement les couvertures de ses livres ne me tentaient pas car elles me laissaient penser qu’il s’agissait de polars mâtinés de fantastique, mélange que je goute fort peu.

Que nenni réalisais je en lisant les premiers chapitres puisqu’il s’agit bien de polars tout ce qu’il y a de plus classique dans le sens noble du terme. Un détail qui ne m’avait pas échappé est que ce roman a obtenu le prix du polar SNCF. En effet j’ai tendance à me méfier des prix assez institutionnels comme les Goncourt & Femina car bien trop proches des maisons d’édition pour que leurs choix soient toujours impartiaux. Alors que d’autres prix comme celui de notre belle compagnie nationale de chemins de fer fait lui la part belle aux lecteurs & me semble bien plus honnêtes.

Me voilà donc à lire mon premier Thilliez dont l’action se situe dans un Nord assez industrieux et sombre où deux hommes vont commettre l’irréparable qui les entrainera dans une spirale infernale. Ce roman est le premier d’une longue série mettant en avant Lucie Hennebelle, une flic qui derrière ses atours de mère de famille cache bien des secrets comme son gout avéré pour ce qu’il y a de plus sombre dans la nature humaine. Et du sombre on en aura dans ce polar puisqu’il nous plonge dans les univers bien peu avenants des taxidermistes, sadomasochistes autres tueurs dont la noirceur d’âme n’a d’égal que la façon vicieuse de tuer leurs victimes.

C’est sombre, angoissant, et formidablement efficace. De rebondissements en étonnements j’ai tourné les pages sans m’arrêter et dévoré ce polar dont les ressorts se dévoilent un à un comme une machination bien huilée et diablement perverse. Quant à Lucie Hennebelle, j’ai comme l’impression qu’elle n’a pas dévoilé tous ses secrets dans ce premier tome et qu’elle cache des vérités bien dérangeantes qui font d’elle un personnage complexe et subtil comme je les aime.

C’était donc mon premier Thilliez mais il y a fort à parier que ce ne sera pas le dernier car son style d’écriture correspond vraiment à ce que j’aime : une intrigue haletante, efficace et bien plus complexe qu’on veut bien le croire dans les premiers chapitres. En un sens il m’a fait penser par la noirceur des crimes à Henning Mankell comparaison qui pour moi est vraiment plus que flatteuse.