La Mecque-Phuket de Safia Azzeddine

Le pitch :

En bonnes filles vertueuses, Fairouz et sa soeur Kalsoum économisent l’argent de leurs petits boulots pour réaliser le rêve de leurs parents : un pélerinage à la Mecque.

Mais, pour une fois, la jeune Fairouz, un brin rebelle, a bien envie de s’affranchir des traditions familiales et religieuses pour succomber aux tentations occidentales modernes, et acheter, plutôt, des billets pour Phuket…

 

De Saphia Azzeddine j’ai au moins 3 livres qui traînent chez moi mais je n’avais encore ouvert aucun d’entre eux. Peut-être par peur de la déception que suscite souvent chez moi les auteurs qui font l’unanimité chez les autres. Et puis disons le tout de go la demoiselle était un peu trop jolie pour mériter par la seule force de son écriture les critiques dithyrambiques qui avaient salué chacun de ses livres.

Mais voilà ce soir je n’avais pas envie de me replonger dans le polar qui me tendait pourtant ses pages et je me mis à fureter un peu partout dans cette bibliothèque saturée de mes insatiables achats pour y trouver un roman que je n’aurai pas encore lu.

J’avais quelques appréhensions face au sujet couvert de peur de tomber dans des clichés éculés sur les familles maghrébinofrançaises mais dans une fulgurance je me rappelais alors que ma sœur m’avait dit l’avoir lu et adoré. Il ne m’en fallait pas plus pour l’ouvrir aussitôt, une critique de ma sœur adorée valant bien plus à mes yeux que tous les apostrophes télévisés.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que ce court roman a donné à ma soirée le relief qui manque à mes journées.  On y suit ainsi les aventures truculentes et les saillies mordantes de Fairouz, cette jeune femme maghrébine qui avec sa sœur n’a d’autre rêve que d’offrir le pèlerinage de toute une vie à ses parents. Mais que de concessions, que d’arrangements avec ses valeurs et ses opinions elle devra accepter pour réunir la somme escomptée.

Cette Fairouz me fait indubitablement penser à quelqu’un ??. Une langue pendue et acerbe qui ne mâche pas ses mots face à l’hypocrisie régnant en maître absolu d’une communauté qui se veut vertueuse et pieuse. Honnêtement il faut avoir quelques grammes d’harissa dans le sang et de couscous dans les gènes pour comprendre à quel point le portrait fait de ces familles maghrébines de France est criant de vérités bien peu politiquement correctes.

J’ai éclaté de rire en lisant les descriptions mordantes des visites sur le marché où la mafia des daronnes se donnent rv pour collecter ragots et potins qui feront le sucre des thés auxquelles elles s’invitent toutes rituellement à tour de rôle. J’ai pouffé en lisant le traitement peu glorieux mais tellement réaliste réservé aux éminents représentants du sexe dit fort de chez nous. J’ai eu le cœur serré par les mésaventures de son pied nickelé de frère qui certes n’a pas la lumière à tous les étages mais essaie néanmoins de s’en sortir dans une société qui le condamne à la seule évocation de son origine.

Ce que j’ai surtout trouvé très juste c’est la place donnée à l’image et aux apparences qui prend le pas et le poids sur absolument tous les comportements & les modes de réflexions. Elle décrit vraiment très bien à quel point l’image que donne les familles d’elles-mêmes prime sur la réalité & la vérité de ce qu’elles sont. D’où des injonctions contradictoires et sclérosantes sur les comportements de tout un chacun par simple peur d’être mal perçu par la « communauté » qui a forcément raison sur l’individualité de tout un chacun. Là où elle aurait pu appuyer et faire mal(e), Safia Azzeddine fait preuve de beaucoup de subtilité n’hésitant pas à brocarder les mentalités bien pensantes et les poncifs nous concernant. Le tout avec un humour et une gouaillerie féroce qui ont un délice de cette lecture qui m’a étonnement surprise.

Bref je le termine avec l’impression d’avoir passé la soirée dans une famille qui pourrait être la mienne où le rire le dispute souvent aux larmes et aux grands discours agacés. Une chose est sûre désormais, je m’en vais de ce pas exhumer de ma bibliothèque les autres roman de Mlle Azzeddine.

 

 

 

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2 commentaires

  1. Le passage sur la couverture en peau de doudoune synthétique à tête de tigre rugissant vaut son pesant d’or ! Private joke pour la famille…Merci pour tous tes conseils de lecture…. lilou

    Aimé par 1 personne

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